Un autre monde

– Tu es prête maintenant.
– Vas dans le jardin, on t’attend de l’autre côté du portillon bleu.
Je descendis les escaliers à toutes jambes tout en murmurant des « merci, merci, merci », et me précipitai dans le jardin. J’étais impatiente, cela faisait tellement longtemps que j’attendais ce moment. Je m’étais entraînée chaque jour à ressentir et exploiter leurs qualités et vertus…
Je parcourus du regard les buissons et les fleurs, à la recherche de la clef donnant accès à l’autre monde… Ce petit morceau de bois tout biscornu semblait correspondre parfaitement. Trois petits clics à droite, quatre petits clics à gauche, et enfin la porte s’ouvre.
Ouah ! incroyable ! le jardin est métamorphosé ! Les arbres sont à la même place mais ils n’ont pas les mêmes couleurs, ni les mêmes essences. Transparents, ils laissent percevoir des formes.
Aïe ! mais… qu’est-ce-que c’est ?
– Dis-donc toi, tu m’as pincée !
– Mais tu allais me marcher dessus !
– Désolée, je ne t’avais pas vu, tu es tellement petit !
Un petit bonhomme, haut comme trois pommes, habillé de feuilles et de coquilles de noix, me regarde et se présente : « Je m’appelle Sirius et je suis le gardien de ce lieu. Je suis ton guide en cet instant et je vais te mener là où tu dois aller. Mais avant cela, il y a certaines choses que je dois te rappeler :

  • Fais attention où tu poses les pieds pour n’écraser personne,
  • Débarrasse-toi de tous tes soucis, peurs et autres pensées négatives,
  • Découvre ce nouvel environnement avec ton âme d’enfant,
  • Réjouis-toi de tout ce que tu vois,
  • Vis dans le moment présent et savoure chaque instant,
  • Regarde chaque nouvelle créature avec amour, respect et compassion,
  • Et sache que tout est possible.

Allez, respire profondément et suis-moi. »

Pieds nus dans la rosée du matin, je le suivis sous le regard des vieux chênes qui murmuraient des paroles de grands maîtres, des maîtres d’école et des maîtres du temps. J’étais de l’autre côté du portillon bleu, dans un monde subtil et lumineux, cousu de fils d’or et d’argent. J’entendais au loin des sons mélodieux qui faisaient sourire mon cœur. Tout mon corps était en éveil. Le jardin s’agrandissait et se métamorphosait au fur et à mesure que nous avancions. D’ailleurs, il n’avait plus l’aspect d’un jardin mais d’une grande forêt luxuriante où les différents règnes vivaient en totale harmonie. Les arbres parlaient ; les escargots suivaient des cours de chant orchestrés par une chouette hulotte ; les hérons-taxis transportaient sur leur dos des lutins farceurs ; une nurserie, composée de lits de fleurs et de choux, se remplissait spontanément sous le regard vigilant de Monsieur Brocolis et de Madame Pivoine…
Tout paraissait naturel et pourtant tout était si extraordinaire. Malgré toute cette effervescence, je ressentais la paix et la sérénité. Cette forêt semblait n’avoir aucune limite. J’explorais visuellement les alentours lorsque Sirius s’arrêta net. Je faillis encore une fois lui marcher dessus, mais m’arrêtai juste à temps ! Nous étions à présent au cœur d’une clairière entourée d’une centaine de gemmes aux couleurs arc en ciel. Je m’installais confortablement sur un siège de cristal, savourant cet instant si longtemps attendu.
Je savais que j’avais réussi. J’en étais convaincue maintenant. Par l’unique force de ma pensée et de ma volonté, je pouvais créer et aller dans un univers parallèle, un autre monde…